Touche-moi!

Dans un autre blog, j’ai abordé le sujet du toucher en tant que mode de communication. J’ai dit, spécifiquement, qu’un ordinateur ne peut jamais remplacer l’être humain, et que c’est beaucoup plus agréable d’être tenu dans les bras de personnes qui vous aiment. J’ai continué d’y penser et aussi de la façon dont nous sommes très métamorphosés par le développement de la technologie. Ça veut dire que c’est plus typique de nos jours de communiquer avec les autres par texting, ou courriel, ou Skype, et moins typique de communiquer en touchant à une autre personne—avec un geste de compassion, réconfort, tendresse, ou affection.

Je retourne également, alors, aux idées de McLuhan et à son concept à l’effet que la technologie est une extension du corps humain : le cellulaire est une extension de nos mains, par exemple, et la voiture de nos jambes. Il pensait, en même temps, que la communication était vraiment très rare, et que les gens préféraient le contact, généré en fumant ou en buvant ensemble, par exemple; mais, selon McLuhan, il n’y a pas plus de communication là qu’il y a par un moyen verbal. Je comprends pourquoi il a fait ces observations: la communication sans les mots est souvent la manière la plus claire de s’exprimer. La technologie est, peut-être, une extension de nos enveloppes charnelles—mais pas nécessairement une forme pour mieux communiquer.

Et c’est la raison pour laquelle j’ai songé à comment on peut communiquer avec le toucher—pas toujours d’une manière positive. Un coup de poing ou une tape sont également des façons claires de communiquer avec les autres au même titre que tenir par la main un(e) ami(e), un(e) amant(e), ou un enfant. Il y a, aussi, d’autres formes de toucher qui ne sont pas acceptables ou désirables, comme des formes d’attentions sexuelles. Mais, quand c’est positif, je comprends bien l’importance de communiquer avec le toucher. Alors, quand je vois des personnes qui ont le visage collé à l’écran de leur cellulaire ou portable, en train d’avoir une discussion avec leurs amis, j’imagine l’importance du vide entre eux. Peut-être que c’est la raison pour laquelle, à côté de la montée de l’utilisation de la technologie, il y a aussi une montée de l’utilisation de spas et de soins qui compromettent le toucher; c’est une partie de notre nature, d’être et de se sentir pris en charge.

En pensant à ce sujet, je me suis rappelé un poème écrit par Chantel Lavoie, qui s’appelle « Le Ménage. » Dans le poème, elle décrit l’obsession contemporaine qu’on a vis-à-vis les microbes. « Tue les microbes! » la poétesse a déclaré à sa nièce et a montré une bouteille d’antiseptique. À la fin du poème, cependant, elle observe qu’elle est « juste une autre adulte, l’écume à la main. » C’est une image et un commentaire d’une société de plus en plus obsédée par ne pas toucher aux autres pour éviter … quoi exactement? Les microbes ou la vraie communication? De quoi exactement est-ce qu’on a peur?

Finalement, j’ai pensé à l’idée du toucher dans le cadre de la religion et de la spiritualité —en particulier, les personnages comme Mère Teresa, qui travailla auprès des lépreux. Elle n’a jamais eu peur de leur toucher, de leur démontrer de l’amour, de la tendresse, et de la compassion. Elle a modelé son comportement sur celui du Christ lui-même. Il a souvent utilisé le toucher pour guérir quelqu’un: un jour, par exemple, il cracha dans la boue et la plaça sur les yeux d’un homme qui était aveugle. Ce n’était pas nécessaire pour le Christ de toucher à quelqu’un, comme nous le démontre une discussion qui eut lieu avec un centurion: celui-ci fit remarquer au Christ que cela n’avait pas été nécessaire pour lui de rendre visite à son serviteur pour le guérir: « Dis seulement une parole et il sera guéri. »

Alors, il faut se poser la question à savoir pourquoi le Christ décidait, de temps en temps, de toucher à la personne ayant besoin d’être guérie. À mon avis, c’est une forme d’expression fondamentale—très humaine et pleine de grâce et de compassion.  On peut exprimer l’empathie mieux avec une main sur le bras de quelqu’un qui souffre—et moins par le biais d’un texte et d’une poignée de mots qui donnent rarement assez de réconfort.